À l’horizon 2030, l’Union européenne ambitionne de jouer un rôle de premier plan dans le domaine stratégique des technologies quantiques. Cette ambition ne relève plus du symbole mais d’une volonté structurée, appuyée par une stratégie continentale, des investissements massifs et des projets industriels concrets. Elle reflète l’intention de l’Europe de ne pas rester spectatrice de la prochaine révolution technologique, mais bien d’en devenir l’un des piliers mondiaux.
Entre planification stratégique, programmes de recherche, montée en compétence des talents et efforts de souveraineté industrielle, le paysage quantique européen évolue rapidement. Voici une synthèse des dynamiques en cours et des leviers activés par l’UE pour s’imposer dans cette course globale à l’innovation.
1. Contexte et stratégie européenne
Affirmer une souveraineté technologique européenne dans le domaine du quantique ne peut se faire sans une stratégie globale et ambitieuse. Consciente de la montée en puissance de la Chine et des États-Unis, l’Union européenne a choisi d’adopter une position offensive en lançant une politique cohérente, structurée autour d’investissements, d’objectifs clairs et d’un encadrement à venir.
En juillet 2025, la Commission européenne a publié sa nouvelle feuille de route intitulée Quantum Strategy, articulée autour de cinq piliers :
- recherche & innovation,
- infrastructures,
- renforcement de l’écosystème,
- usages duals (civil/militaire) & spatial,
- et compétences quantiques.
À ce jour, selon Reuters, l’UE a investi plus de 11 milliards d’euros en financement public pour le quantique au cours des cinq dernières années, en complément du programme Quantum Flagship, doté d’un milliard d’euros sur dix ans.

En parallèle, un Quantum Act est en préparation pour 2026. Ce texte visera à sécuriser les chaînes de valeur critiques, renforcer la protection des brevets sensibles, et mieux connecter recherche, industrie et financement privé, comme confirmé dans la déclaration officielle de la Commission.
2. Avancées technologiques majeures en Europe
Les technologies quantiques connaissent une accélération mondiale, et l’Europe n’est pas en reste.
Pour prétendre au leadership, l’UE ne peut se contenter de politiques volontaristes : elle doit démontrer des avancées scientifiques concrètes et des applications opérationnelles. Cette ambition se manifeste à travers une série de projets pilotes, d’infrastructures innovantes et de démonstrateurs technologiques portés à l’échelle continentale.
Voici quelques-unes des initiatives les plus significatives :

- La Flagship européenne : dotée d’un budget de 1 milliard € sur 10 ans, elle mobilise plus de 5 000 chercheurs autour d’objectifs majeurs comme :
- le développement de puces quantiques pilote,
- la mise en place d’un internet quantique européen,
- la création de clusters de compétences répartis dans les États membres.
Le projet SPINUS : axé sur le calcul quantique à l’état solide, il vise à bâtir des architectures matérielles scalables, cruciales pour industrialiser les premières machines quantiques fiables.
QTF‑Backbone (Allemagne) : il s’agit d’un réseau fibré dédié, conçu pour transporter des signaux quantiques sur de longues distances en toute sécurité. C’est un projet clé pour l’interopérabilité européenne.
Le Centre de Supercalcul de Barcelone (BSC) : pionnier en Espagne, il a présenté un ordinateur quantique analogique, interconnecté avec le supercalculateur MareNostrum 5, marquant une première européenne sur le plan technologique.
3. Financement public & privé : un défi à relever
L’équilibre entre financement public et investissement privé est un facteur déterminant pour la maturation d’un écosystème quantique pérenne. Si l’Union européenne affiche un engagement financier important à travers des programmes comme Horizon Europe ou le Digital Europe Programme, le secteur privé reste encore trop peu engagé.
En 2024, selon une enquête de McKinsey relayée par Reuters, l’Europe ne concentrait qu’environ 5 % des investissements privés mondiaux dans les technologies quantiques. À titre de comparaison, les États-Unis et la Chine cumulent à eux seuls plus de 70 % du capital-risque dédié au domaine.
Pour combler cet écart, la stratégie européenne prévoit plusieurs leviers :
Mise en place d’incitations fiscales et réglementaires pour attirer les investisseurs institutionnels,
Création d’un fonds paneuropéen dédié aux technologies quantiques via la BEI et l’EIC,
Protection des innovations stratégiques européennes via le futur Quantum Act,
Favorisation des partenariats public-privé entre laboratoires, start-ups et grands groupes industriels.
L’objectif est clair : bâtir une dynamique industrielle capable de soutenir l’innovation de rupture, réduire la dépendance extérieure, et faire émerger des champions européens du quantique.
4. Compétences et formation
Le développement des technologies quantiques nécessite des profils spécialisés en physique, informatique et sciences de l’ingénieur, avec des compétences en algorithmique quantique et cryptographie post-quantique. Face à cet enjeu de formation stratégique, l’Union européenne met en place plusieurs dispositifs pour structurer l’enseignement et stimuler l’émergence de talents à travers tout le continent.
Parmi les initiatives phares :
Le Quantum Flagship finance de nombreux projets liés à l’éducation quantique, avec un budget d’un milliard d’euros sur dix ans.
Le projet QTEdu vise à créer des parcours pédagogiques cohérents en technologies quantiques dans toute l’Europe.
- Des plateformes en ligne telles que edX et Coursera diffusent des MOOCs sur les technologies quantiques, accessibles à tous, attirant déjà des milliers d’apprenants en Europe et dans le monde.
- Des universités et institutions de renom en Europe, comme l’ETH Zurich en Suisse, l’Institut de technologie de Karlsruhe en Allemagne, l’Université Paris-Saclay et l’ENS Paris-Saclay en France, offrent des programmes de master et de doctorat spécialisés en technologies quantiques.
Ces programmes incluent des cours sur la mécanique quantique, l’information quantique, et les technologies de l’information quantique, ainsi que des projets de recherche en collaboration avec l’industrie.
5. Analyse comparative : le positionnement stratégique de l’Europe dans le quantique
Pour apprécier la place de l’Union européenne dans l’arène mondiale du quantique, il est essentiel de confronter sa stratégie à celles des autres grandes puissances. Ce comparatif synthétique permet d’identifier les points d’avance, les retards, ainsi que les leviers de différenciation.
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En résumé
L’Europe n’est plus un simple observateur dans la course mondiale au quantique. Sa stratégie s’appuie sur des investissements ciblés, des projets structurants et une volonté politique affirmée. La création d’une filière souveraine, alliant recherche, innovation et industrialisation, marque un tournant décisif.
Mais pour transformer cette ambition en leadership concret, il faudra accélérer l’industrialisation, attirer davantage de capitaux privés et consolider une chaîne de valeur cohérente. Le Quantum Act, les alliances industrielles et les formations spécialisées seront des leviers clés.
Pour les décideurs publics comme privés, les années à venir constituent une opportunité unique de s’aligner sur une technologie qui redéfinira la compétitivité européenne.


